Plantes envahissantes au Québec : les reconnaître

Au Québec, les plantes exotiques envahissantes les plus répandues sont le roseau commun exotique le long des routes et des milieux humides, la renouée du Japon, les deux nerpruns et l’érable de Norvège dans les boisés du sud, la salicaire pourpre et le myriophylle à épis dans les plans d’eau, la berce du Caucase et le panais sauvage sur les talus. Le signalement se fait avec l’outil Sentinelle du gouvernement du Québec, et la gestion relève des municipalités et des organismes de bassin versant.

Mis à jour le 7 novembre 2026

En bref

  • Dans les boisés du sud du Québec : nerprun cathartique, nerprun bourdaine, érable de Norvège et alliaire officinale étouffent la régénération des érablières.
  • En bord de route et en milieu humide : roseau commun exotique, renouée du Japon, salicaire pourpre, impatiente glanduleuse.
  • Pour la santé : berce du Caucase et panais sauvage provoquent des brûlures ; l’herbe à poux et l’herbe à puce sont indigènes, gênantes mais pas envahissantes.
  • Beaucoup de ces plantes sont indigènes en Europe : ce qui est banal en France (bourdaine, érable plane, pervenche) peut être problématique au Québec.
  • Signalez vos observations avec Sentinelle, ne compostez pas les fragments de renouée, remplacez par des indigènes (amélanchier, cornouiller stolonifère, viorne trilobée).

Pourquoi les envahissantes du Québec ne sont-elles pas celles d’Europe ?

La flore du Québec s’est reconstituée après la glaciation à partir d’espèces nord-américaines ; les introductions commencent avec la colonisation française au XVIIe siècle et s’accélèrent avec l’horticulture du XIXe. Beaucoup des envahissantes actuelles sont donc des plantes européennes ordinaires, apportées comme fourrage, haies ou fleurs de jardin : la bourdaine et le nerprun cathartique, l’érable plane (appelé érable de Norvège au Québec), la petite pervenche, l’alliaire. En sens inverse, des plantes indigènes du Québec comme la verge d’or ou l’asclépiade sont envahissantes en Europe. Le guide Espèces indigènes et invasives détaille cette relativité des statuts.

Quelles sont les principales plantes envahissantes au Québec ?

EspèceOrigineMilieux touchésComment la reconnaîtrePourquoi elle pose problème
Roseau commun exotique (phragmite)EurasieFossés d’autoroutes, marais, rives du Saint-LaurentGraminée de 2 à 4 m en colonies denses, panicules brunes persistantesAssèche et uniformise les milieux humides ; la sous-espèce indigène, plus clairsemée, est rare
Renouée du JaponAsieBerges, remblais, terrains vagues, jardinsTiges creuses en bambou, feuilles alternes tronquées à la baseRepart de fragments de rhizome ; détruit les berges et les fondations
Nerprun cathartiqueEuropeBoisés, friches, haies du sud du QuébecArbuste à rameaux terminés par une petite épine, feuilles opposées ou presque, à nervures arquées, fruits noirsSous-étage dense qui bloque la régénération ; fruits purgatifs dispersés par les oiseaux
Nerprun bourdaineEuropeBoisés humides, tourbières, bergesFeuilles alternes entières, luisantes, à 7 à 9 paires de nervures ; fruits rouges puis noirsMême effet dans les milieux humides
Érable de NorvègeEuropeBoisés urbains et périurbains, mont RoyalFeuilles d’érable à lobes très pointus, pétiole qui laisse couler un latex blanc quand on le casse (l’érable à sucre n’en a pas)Ombre dense, semis abondants, remplace l’érable à sucre
Alliaire officinaleEuropeSous-bois, lisièresHerbacée à feuilles triangulaires dentées sentant l’ail, fleurs blanches en maiTapis monospécifiques, substances qui perturbent les champignons du sol
Berce du CaucaseCaucaseTalus, fossés, berges ; foyers régionaux2 à 4 m, tige tachée de pourpre, feuilles de 1 m très découpées ; la berce laineuse indigène est plus petite et sans tachesBrûlures graves par photosensibilisation
Panais sauvageEuropeBords de routes, champs abandonnés ; très répanduOmbelles jaunes de 1 à 1,5 m, feuilles pennées à folioles dentéesBrûlures par photosensibilisation lors des fauches
Salicaire pourpreEuropeMarais, fossés, rivesÉpis roses pourpres de juillet à septembre, tige carréeRemplace les quenouilles et la flore des marais
Impatiente glanduleuseHimalayaBerges, lieux humides1 à 2 m, fleurs roses en casque, capsules explosivesTapis annuels, berges nues en hiver
Myriophylle à épis, châtaigne d’eau, hydrocharide grenouilletteEurasieLacs et rivièresPlantes aquatiques submergées ou flottantesColmatage des plans d’eau, transport par les embarcations
Lupin polyphylleOuest de l’Amérique du NordBords de routes de la Gaspésie, du Bas-Saint-LaurentÉpis bleus, feuilles palmées à 10 à 17 foliolesFixe l’azote et modifie les prairies ; toxique
Petite pervenche, égopode podagraireEuropeSous-bois près des habitationsCouvre-sols persistants ou rampantsÉtouffent la flore printanière des érablières
RobinierEst des États-UnisTalus, friches du sud-ouest du QuébecFeuilles pennées, épines par deux, grappes blanchesDrageonne, fixe l’azote

Quelles plantes gênantes ne sont pas des envahissantes ?

Deux plantes très surveillées au Québec sont indigènes et ne relèvent pas de la lutte contre les espèces exotiques, même si les municipalités les combattent pour des raisons de santé. L’herbe à poux (ambroisie) est responsable de la majorité des rhinites allergiques d’août et septembre ; sa fauche avant floraison, mi-juillet et mi-août, est encouragée par les municipalités. L’herbe à puce provoque des dermatites sévères (voir Feuilles urticantes et brûlures) mais fait partie des écosystèmes du sud du Québec. Le sumac vinaigrier, souvent confondu avec l’herbe à puce, est indigène et inoffensif.

Que faire si vous en trouvez chez vous ou en randonnée ?

  1. Identifiez la plante avec la clé d’identification et la fiche de l’espèce ; photographiez feuilles, fleurs ou fruits et la plante entière.
  2. Signalez votre observation avec Sentinelle, l’outil de détection des espèces exotiques envahissantes du gouvernement du Québec, accessible en ligne et par application ; les données alimentent les cartes de répartition et alertent les gestionnaires.
  3. Pour la renouée : coupe répétée toutes les deux à trois semaines, bâchage opaque pendant plusieurs saisons ; placez tous les résidus dans des sacs fermés destinés à l’enfouissement, jamais au compost ni à l’écocentre en vrac.
  4. Pour les nerpruns : arrachez les jeunes plants avec la racine, coupez les gros sujets puis couvrez les souches ou traitez les rejets ; replantez des indigènes aussitôt.
  5. Pour la berce du Caucase et le panais : intervenez couvert, par temps nuageux, en sectionnant la racine sous le collet ; coupez les ombelles avant la graine et mettez-les en sacs.
  6. Pour les plantes aquatiques : nettoyez embarcations, remorques et matériel de pêche entre deux plans d’eau.

Quelles indigènes planter à la place ?

Pour une haie, l’amélanchier du Canada, le cornouiller stolonifère, la viorne trilobée, l’aronia noir et le cerisier de Virginie remplacent les nerpruns en offrant fruits et fleurs aux oiseaux. Pour un arbre d’ombrage, l’érable à sucre, l’érable rouge, le tilleul d’Amérique et le chêne à gros fruits valent mieux que l’érable de Norvège. En milieu humide, la quenouille, l’onoclée sensible et le céphalanthe occidental tiennent les berges. La liste des arbres indigènes les plus répandus et leurs critères de reconnaissance figurent dans Les arbres les plus courants au Québec, et la situation française dans Plantes invasives en France.

Sources

  1. Gouvernement du Québec, espèces exotiques envahissantes et outil Sentinelle
  2. Espace pour la vie (Montréal), Jardin botanique, plantes envahissantes
  3. Ressources naturelles Canada, Service canadien des forêts
  4. Agence canadienne d’inspection des aliments, plantes envahissantes

Voir aussi