Réaliser un herbier scolaire : méthode complète

Un herbier scolaire réussi tient en quatre étapes : récolter des feuilles entières et saines avec leur pétiole, les presser entre papier journal sous un poids pendant une à deux semaines en changeant le papier, les fixer sur une feuille épaisse avec des bandelettes de papier gommé, puis les étiqueter avec le nom, le lieu et la date. Le classement par type de feuille ou par famille et une légende claire font la différence entre une collection et un vrai outil de travail.

Mis à jour le 7 novembre 2026

En bref

  • Récoltez par temps sec, des feuilles adultes, entières, sans taches, avec le pétiole et si possible un bout de rameau montrant la disposition des feuilles.
  • Pressez le jour même entre des feuilles de journal, sous une planche et des livres ; changez le papier au bout de deux jours puis tous les trois ou quatre jours ; comptez une à deux semaines.
  • Fixez avec des bandelettes de papier et de la colle blanche ou du ruban de papier gommé : jamais de ruban adhésif transparent, qui jaunit et décolle.
  • L’étiquette porte au minimum : nom commun, nom latin, famille, lieu et milieu de récolte, date, nom du récolteur ; c’est elle qui donne sa valeur scientifique à la planche.
  • Ne cueillez rien dans les espaces protégés ni sur les espèces protégées ; dix feuilles bien préparées valent mieux que quarante abîmées.

Que récolter, et où ?

Un herbier de feuilles d’arbres et d’arbustes est le plus simple à réussir : les feuilles sont grandes, résistantes et disponibles de mai à octobre. Pour chaque espèce, prélevez deux ou trois feuilles adultes, entières, sans taches ni morsures, avec le pétiole complet, et si possible un petit bout de rameau portant deux ou trois feuilles pour montrer si elles sont alternes ou opposées. Pour les feuilles composées (frêne, marronnier, robinier), prenez la feuille entière avec toutes ses folioles, pas une foliole isolée : c’est l’erreur la plus fréquente.

Les lieux faciles et autorisés : la cour de l’école, le jardin familial, les parcs publics (ramassage au sol ou prélèvement discret de quelques feuilles sur les branches basses), les haies le long des chemins. Évitez les réserves naturelles et les espaces protégés, ne cueillez jamais une espèce protégée (renseignez-vous sur l’INPN pour la France, Info Flora pour la Suisse) et ne prélevez pas sur un arbre qui n’en porte que quelques-unes. Notez sur un carnet, au moment de la récolte, le lieu précis, la date, le milieu (parc, haie, forêt, bord de rivière) et la hauteur approximative de l’arbre : ces informations ne se retrouvent plus après.

Quelles espèces choisir pour un premier herbier ?

Un ensemble de douze à vingt espèces couvrant les grandes formes de feuilles est plus instructif qu’une longue liste de la même famille. La sélection ci-dessous fonctionne dans la plupart des villes d’Europe francophone ; les colonnes de droite signalent les équivalents québécois.

Type de feuille à illustrerEspèce facile (Europe)Équivalent au QuébecPoint à montrer sur la planche
Simple, lobée, palméeÉrable plane ou plataneÉrable à sucreNervation palmée, lobes
Simple, lobée, pennéeChêne pédonculéChêne rougeLobes arrondis ou pointus, pétiole court ou long
Simple, bord entierHêtre, troèneHêtre à grandes feuillesBord entier, nervures parallèles
Simple, bord dentéCharme, noisetier, tilleulBouleau à papierDents simples ou doubles, base asymétrique (tilleul, orme)
Composée pennéeFrêne, robinierFrêne d’AmériqueFolioles, rachis
Composée palméeMarronnier d’IndeMarronnier (planté)Cinq à sept folioles partant d’un même point
AiguillesPin sylvestre, épicéaPin blanc, sapin baumierAiguilles par deux ou cinq, isolées, plates ou carrées
ÉcaillesCyprès de LeylandThuya occidentalRameau aplati à sécher entier
FrondeFougère mâleOnoclée sensibleDécoupage, sporanges au revers

Comment presser et sécher les feuilles ?

  1. Le jour de la récolte, étalez chaque feuille à plat, bien ouverte, entre deux feuilles de papier journal ou de papier absorbant. Retournez une feuille sur deux pour montrer la face inférieure.
  2. Empilez les journaux en intercalant du carton ondulé tous les deux ou trois échantillons : l’air circule dans les cannelures et le séchage est plus rapide.
  3. Chargez avec une planche et des livres lourds, ou serrez dans une presse à sangles. Placez l’ensemble dans un endroit sec et chaud (près d’un radiateur, pas dessus).
  4. Changez le papier humide au bout de 48 heures, puis tous les trois ou quatre jours. C’est l’étape que l’on oublie et qui fait moisir et brunir les feuilles.
  5. Vérifiez : une feuille sèche est rigide, se tient à l’horizontale sans fléchir et ne paraît pas froide au toucher. Comptez une semaine pour les feuilles fines, deux à trois pour les feuilles épaisses et les conifères.

Les variantes rapides (fer à repasser, micro-ondes) sont détaillées dans le guide Faire sécher et conserver des feuilles ; elles conviennent à une activité d’une heure mais donnent des échantillons plus fragiles.

Comment monter et étiqueter une planche ?

Utilisez des feuilles de papier ou de bristol de 160 g/m² au moins, au format A4 ou Letter, toutes identiques pour que l’herbier se range. Posez la feuille sèche, décidez de son orientation (le pétiole vers le bas, comme sur l’arbre) et fixez-la par des bandelettes de papier de 3 à 5 mm de large collées à leurs extrémités seulement, ou par du ruban de papier gommé humidifié. Évitez le ruban adhésif transparent, qui jaunit, tache et se décolle en deux ans, et la colle en bâton, qui gondole. Les feuilles très fines peuvent être collées à plat avec quelques points de colle blanche au revers.

L’étiquette, dans l’angle inférieur droit, suit un format constant :

ChampExemplePourquoi
Nom communÉrable planeLe nom d’usage, dans la langue de la classe
Nom latinAcer platanoidesLe seul nom sans ambiguïté, en italique ou souligné
FamilleSapindacéesPermet le classement et les comparaisons
LieuParc de la mairie, Lyon (Rhône)Commune et site précis
MilieuArbre d’alignement, 12 mContexte écologique
Date14 octobre 2026Permet d’interpréter la couleur et l’état
Récolteur et déterminateurClasse de CM1, L. MartinQui a cueilli, qui a identifié

Pour identifier chaque feuille, suivez la clé d’identification du site et confirmez sur la fiche de l’espèce. Les termes de l’étiquette descriptive (forme du limbe, bord, nervation) sont définis dans le lexique.

Comment classer et conserver l’herbier ?

Deux classements sont pertinents à l’école : par type de feuille (simple ou composée, bord entier ou denté, aiguille), qui suit la logique de la clé d’identification, ou par famille botanique, qui prépare à la classification du vivant (voir la fiche Classification du vivant). Rangez les planches à plat dans une boîte ou un classeur, à l’abri de la lumière et de l’humidité, avec un sommaire en première page. Un herbier bien sec se conserve des décennies ; ses ennemis sont la lumière, qui décolore, et les insectes (psoques, anthrènes), que l’on tient à distance en inspectant les boîtes chaque année. Enfin, si l’herbier sert de support à une présentation orale, le modèle de fiche d’exposé aide à structurer ce qu’il y a à dire sur chaque arbre.

Sources

  1. Muséum national d’Histoire naturelle, Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), espèces protégées
  2. Tela Botanica, réseau des botanistes francophones
  3. Info Flora, centre national de données sur la flore suisse
  4. Espace pour la vie (Montréal), Jardin botanique, herbier Marie-Victorin

Voir aussi